Heurs et malheurs de la « génération de la Collaboration » dans la France de l’après-guerre.
Après la Seconde Guerre mondiale, en dépit de l’Epuration, certains anciens collaborationnistes parviennent à se recycler et à faire vivre leurs idées. Trois mouvances spécifiques, très actives dans les années 1930 – 1945, perdurent : le Parti populaire français de Jacques Doriot, le Rassemblement national populaire de Marcel Déat, la nébuleuse » cagoularde » d’Eugène Deloncle.

Si, en 1945, leurs chefs tutélaires ont disparu, une nouvelle génération leur succède : Georges Albertini, Guy Lemonnier, Georges Soulès, Maurice Bardèche, René Binet… Ce qui caractérise ces hommes âgé de vingt à quarante ans, c’est la souplesse, voire la plasticité. Il ne s’agit pas pour eux de renier leurs idées, mais bien au contraire de les adapter au règne des vainqueurs, de se glisser dans l’époque nouvelle en l’infléchissant.

Dans ce monde bouillonnant de perpectives, on croise François Mitterrand et ses liens avec la Cagoule, des Français formés au camp de jeunesse à Auschwitz (1944), des commandos de miliciens parachutés en France à l’hiver 1945, des collaborationnistes sensibles au fédéralisme européen…

Le bilan de cette génération formée de personnalités peu connues du grand public n’est pas négligeable : elle a jeté les bases de l’extrême droite moderne française, avec comme débouchés politiques le populisme poujadiste, puis la création du Front national ; elle a contribué à imbriquer l’anticommunisme et le processus de construction européenne. Au total, elle a vu ses vœux en partie exhaussés.